Mon jeu de tarot entre les mains j'observais intensivement la carte de l'impératrice et tentait de comprendre la signification de cette lame sibylline. Je me suis alors assis dans mon fauteuil..cette carte uniquement entre les doigts, le reste du jeu sur le bureau. La nuit allait tomber sur la ville.
Le carillon a deux tons de ma porte d'entrée se mit à retentir. J'ouvris la porte et dans la semi-obscurité du pallier je fis face à son visage seulement éclairé par la veilleuse des escaliers..ses yeux plongèrent dans mon âme..elle émit un léger sourire, un peu coloré de gêne. La bouche légèrement entrouverte, elle se mordillait les lèvres et cette gêne apparente se transforma en un regard détourné vers le sol ne cherchant nullement à se substituer à l'indifférence comme souvent dans ce type de situation. La tentative de camouflage n'avait pas sa place ici. Elle se dressait devant moi portant des escarpins avec boucle autour des chevilles et aux talons aiguilles surdimensionnés, vêtue d'un imperméable dont le col était relevé. J'allais lui dire bonsoir quand elle posa prestement un doigt de sa main plongée dans la poche à la verticale de mes lèvres..Elle murmura "tais toi..".
Nous restâmes ainsi de très longues secondes sans bouger..de longues minutes ou pour seul accompagnement sonore nous percevions les respirations de l'autre, son doigt si près de mes lèvres..Un bruit de porte quelques étages plus bas la poussant à agir.
Sa main s'éloigna, son bras s'étira pour prendre appui sur l'encadrement de la porte, un geste qui rompait totalement, un mouvement beaucoup plus résolu à me montrer le chemin vers lequel dorénavant elle désirait s'engager. . Elle m'effleura, le souffle de son haleine libérant un parfum subtil et envoûtant qui me submergea le corps. Elle entra et attendit que la porte soit refermée. Elle se dressait au milieu de l'entrée. C'est alors que d'un geste lent elle fit glisser son imperméable qui tomba sur le sol au-devant de mes pieds. Je la voyais de dos, sublimes hanches relevées et fesses blanches rebondies portées par de longues jambes en bas résilles noirs; sur le corps une araignée en lanières de cuir..ses longs cheveux tombèrent eux aussi de son chignon sur ses épaules altières..une odeur que je qualifierai de sauvage mais toujours emprisonnée par la volupté de sa retenue imprégnait la petite pièce.. elle baissa l' interrupteur de la seule lumière du corridor puis se saisit de deux bougies et d'un briquet posés sur un meuble de l'entrée ..elle les alluma lentement..avec précision, sans trembler. Les tenant dans chaque main elle se dirigea ainsi vers le salon. Elle avançait avec un visage paisible, ses yeux brillants se tournèrent vers moi et sa démarche grâcieuse, elle aussi, m'invitaient à la suivre..
To follow ...
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